Comment réaliser le calcul du salaire en forfait jour ?

Le calcul du salaire en forfait jour représente un enjeu majeur pour les entreprises françaises, particulièrement dans un contexte où 47% des cadres bénéficient de ce dispositif. Cette modalité de rémunération, qui déroge aux règles traditionnelles du temps de travail, nécessite une maîtrise précise des mécanismes de calcul pour assurer la conformité légale et l’équité salariale. La complexité de cette gestion réside dans l’articulation entre la rémunération forfaitaire annuelle, les plafonds légaux de jours travaillés et les spécificités des cotisations sociales.

Les entreprises doivent naviguer entre les exigences du Code du travail, les dispositions des conventions collectives et les contraintes administratives liées aux contrôles URSSAF. La détermination du salaire forfaitaire implique une compréhension approfondie des mécanismes de mensualisation, de l’intégration des avantages et de la gestion des jours de repos.

Définition juridique et cadre réglementaire du forfait jour selon le code du travail

Le forfait jour constitue une dérogation légale aux dispositions relatives à la durée du travail, codifiée aux articles L3121-53 et suivants du Code du travail. Ce dispositif permet de décompter la durée du travail en jours plutôt qu’en heures, exclusivement pour certaines catégories de salariés disposant d’une autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps. La convention individuelle de forfait doit impérativement être établie par écrit et signée par les deux parties.

L’application du forfait jour repose sur trois conditions cumulatives essentielles. Premièrement, le salarié doit appartenir à l’une des catégories éligibles définies par l’accord collectif applicable. Deuxièmement, une convention ou accord collectif doit préalablement autoriser le recours au forfait annuel en jours dans l’entreprise. Troisièmement, l’accord explicite du salarié concerné reste indispensable pour la mise en œuvre de ce dispositif.

La jurisprudence de la Cour de cassation a progressivement précisé les contours de ce dispositif, notamment concernant les obligations de suivi de la charge de travail et le respect des temps de repos. Les décisions récentes soulignent l’importance du contrôle effectif de l’employeur sur les conditions de travail des salariés au forfait jour. Le défaut de suivi peut entraîner l’inopposabilité de la convention et ouvrir droit au paiement d’heures supplémentaires.

L’employeur doit garantir le respect des durées raisonnables de travail ainsi que l’équilibre entre activité professionnelle et vie personnelle du salarié.

Méthodes de calcul du salaire forfaitaire : rémunération annuelle et mensualisation

Calcul de la rémunération annuelle brute en forfait jour

La détermination de la rémunération annuelle brute constitue le socle du calcul salarial en forfait jour. Cette rémunération globale intègre l’ensemble des éléments de salaire versés au titre de l’année de référence, incluant le salaire de base, les primes contractuelles et les avantages en nature évalués. Le montant annuel doit être en adéquation avec les responsabilités confiées et les qualifications du salarié concerné.

La valorisation des jours travaillés s’effectue selon une méthode spécifique tenant compte du nombre total de jours rémunérés dans l’année. Ce calcul inclut les j

La valorisation des jours travaillés s’effectue selon une méthode spécifique tenant compte du nombre total de jours rémunérés dans l’année. Ce calcul inclut les jours de travail prévus au forfait, mais aussi les congés payés acquis et les jours fériés chômés payés lorsqu’ils coïncident avec un jour normalement travaillé. En pratique, on parle de « jours rémunérés » pour distinguer ces jours des jours de repos issus du forfait jours, qui eux ne portent pas directement rémunération. C’est cette base annuelle qui permettra ensuite de déterminer un taux journalier forfait jours fiable et opposable en cas de contrôle ou de contentieux.

Concrètement, pour un cadre en forfait de 218 jours, on additionne généralement : les 218 jours travaillés, 25 jours de congés payés ouvrés et le nombre de jours fériés chômés tombant un jour ouvré (souvent 8 à 9 selon le calendrier). Le salaire annuel brut de référence (incluant salaire de base et éléments fixes) est ensuite divisé par ce total de jours rémunérés afin d’obtenir un salaire journalier de base. Ce taux sera utilisé pour la gestion des absences, des entrées et sorties en cours d’année, mais aussi pour le calcul d’indemnités (congés payés non pris, par exemple) dans un cadre de forfait jours.

Application du coefficient de mensualisation sur 12 mois

Une fois la rémunération annuelle brute fixée, reste à la transformer en salaire mensuel. En forfait jours, on ne raisonne pas en heures mais la paye reste, elle, mensuelle : on applique donc un simple coefficient de mensualisation. La méthode la plus fréquente consiste à diviser le salaire annuel brut par 12 pour un versement sur 12 mois, ou par 13 si un treizième mois est prévu par la convention collective ou l’accord d’entreprise.

Le salarié perçoit alors la même rémunération brute chaque mois, indépendamment du nombre de jours effectivement travaillés dans le mois considéré. Autrement dit, la rémunération est « lissée » sur l’année, comme pour un dispositif d’aménagement du temps de travail. Cette mensualisation facilite la gestion de trésorerie pour l’entreprise et donne au salarié une visibilité claire sur son salaire mensuel en forfait jours, même si certains mois concentrent davantage de jours travaillés que d’autres.

Cette logique de lissage implique toutefois d’être particulièrement rigoureux sur les ajustements en cas d’absence longue, d’entrée ou de départ en cours d’année. Dans ces situations, l’employeur devra se référer à la rémunération annuelle et au taux journalier pour calculer soit une retenue (en cas d’absence non rémunérée), soit un complément de salaire (en cas de solde de tout compte, par exemple). Le simple prorata « base mensuelle / 30 jours calendaires » n’est pas adapté aux salariés en forfait jours et peut être contesté.

Intégration des primes et avantages dans le salaire forfaitaire

Le calcul du salaire en forfait jours ne se limite pas au seul salaire de base annuel. Pour sécuriser la rémunération forfaitaire, il convient de recenser l’ensemble des éléments bruts versés de manière récurrente : primes contractuelles fixes, primes de fonction, avantages en nature (véhicule de fonction, logement, etc.) et éventuellement certaines primes variables garanties. L’objectif est de définir une rémunération annuelle forfaitaire cohérente avec la réalité économique du poste.

En pratique, deux approches coexistent. Dans la première, on intègre uniquement les éléments fixes et garantis dans la rémunération forfaitaire annuelle, les variables restant traitées à part, au fil de l’eau. Dans la seconde, on retient une enveloppe annuelle cible incluant une part variable estimée, particulièrement pour les cadres dirigeants ou les commerciaux en forfait jours. Dans tous les cas, il est essentiel de préciser dans le contrat (ou l’avenant de forfait jours) ce qui relève de la rémunération forfaitaire et ce qui n’en fait pas partie.

Cette clarification contractuelle a un impact direct sur le taux journalier forfait jours utilisé pour les retenues ou les régularisations. Par exemple, inclure une prime de performance purement aléatoire dans le salaire annuel de référence fausserait le calcul du salaire journalier d’absence. À l’inverse, exclure une prime mensuelle fixe de responsabilité du forfait pourrait être perçu comme une sous-valorisation de la rémunération, notamment en cas de contentieux prud’homal portant sur la « rémunération en rapport avec les sujétions imposées » (article L3121-61 du Code du travail).

Gestion des jours de RTT et congés payés dans le calcul

Une confusion fréquente concerne les « RTT en forfait jours ». Juridiquement, un salarié en forfait jours n’acquiert pas des RTT au sens strict (réduction d’un horaire hebdomadaire supérieur à 35 heures) mais des jours de repos liés au forfait. Ces jours de repos servent à ramener, par exemple, les 227 jours théoriquement travaillables d’une année à 218 jours de travail effectif. Ces jours de repos n’ont pas, en eux-mêmes, de valeur financière autonome puisqu’ils compensent seulement le plafond annuel de jours travaillés.

En revanche, les congés payés ouvrés et les jours fériés chômés payés entrent bien dans le calcul du nombre de jours rémunérés. Ils doivent être inclus dans le dénominateur lorsque l’on détermine le salaire journalier de référence (par exemple, salaire annuel brut / [218 jours travaillés + 25 jours de congés payés + 9 jours fériés chômés]). Cette méthode permet de s’assurer que la retenue pour absence d’un jour entier est cohérente avec la logique annuelle du forfait.

En cas de congés payés non pris lors du solde de tout compte, l’indemnité correspondante est généralement calculée sur la base du salaire journalier issu de cette méthode, multiplié par le nombre de jours ouvrés restants. Vous évitez ainsi l’écueil du calcul en trentième, peu adapté au forfait jours. Pour les jours de repos liés au forfait non pris, il n’existe pas de droit automatique à indemnisation, sauf dispositions conventionnelles spécifiques ou accord contraire (par exemple en cas de rachat de jours de repos avec majoration minimale de 10 %).

Détermination du nombre de jours travaillés et plafonds légaux

Calcul des 218 jours maximum selon la convention syntec

Le plafond légal de 218 jours par an, prévu par le Code du travail, est souvent repris tel quel dans les conventions collectives, notamment dans la convention collective Syntec. Dans ce cadre, le calcul du forfait annuel en jours Syntec commence par la détermination du nombre de jours ouvrés réellement travaillables sur l’année civile : on part des 365 jours, dont on soustrait les week-ends, les congés payés légaux et les jours fériés tombant un jour ouvré.

Pour une année type avec 104 samedis et dimanches, 25 jours ouvrés de congés payés et 9 jours fériés chômés tombant en semaine, on obtient 227 jours potentiellement travaillables. L’accord collectif ou l’entreprise fixe alors un plafond de 218 jours de travail effectif, les 9 jours restants étant des jours de repos liés au forfait. C’est ce nombre de 218 jours qui sera mentionné dans la convention individuelle de forfait et qui servira de base à la détermination de la rémunération annuelle brute.

Dans la pratique, il est recommandé d’indiquer de manière explicite dans le contrat de travail : le nombre de jours de travail au forfait (218), la période de référence (en général l’année civile) et les modalités de calcul des jours de repos. Cette transparence permet d’éviter les contestations sur le nombre de jours réellement dus et facilite le dialogue avec les représentants du personnel en cas d’audit interne ou de négociation sur la charge de travail.

Application des 235 jours pour les conventions collectives spécifiques

Certaines conventions collectives ou accords d’entreprise prévoient la possibilité de porter le nombre de jours travaillés au-delà de 218, jusqu’à un plafond de 235 jours, via la renonciation volontaire à une partie des jours de repos. Cette renonciation doit impérativement être formalisée par écrit, souvent sous la forme d’un avenant annuel, et s’accompagner d’une majoration de salaire d’au moins 10 % pour les jours supplémentaires travaillés.

Pour le calcul du salaire en forfait jours dans ces configurations, on distingue le forfait de base (par exemple 218 jours) et les jours supplémentaires rachetés. Le salaire annuel forfaitaire pour les 218 jours reste la référence principale, à laquelle s’ajoute une rémunération complémentaire correspondant à la valeur de chaque jour supplémentaire, majorée selon le pourcentage prévu. Le taux journalier de base est généralement le même que celui utilisé pour l’ensemble des jours rémunérés, la majoration venant simplement s’y appliquer.

Cette possibilité d’aller jusqu’à 235 jours ne doit pas faire oublier les exigences en matière de santé et sécurité : même en forfait jours, le salarié doit bénéficier de ses repos quotidien et hebdomadaire. Une multiplication des avenants de renonciation, année après année, peut alerter l’URSSAF ou l’inspection du travail sur une éventuelle surcharge structurelle. D’où l’intérêt, pour vous comme employeur ou gestionnaire RH, de documenter finement la motivation et la contrepartie financière de ces dépassements du forfait annuel en jours.

Décompte des jours fériés et congés exceptionnels

Le traitement des jours fériés dans le cadre du forfait jours suscite régulièrement des interrogations. En règle générale, les jours fériés chômés qui tombent un jour normalement travaillé sont considérés comme des jours rémunérés, intégrés dans le calcul du taux journalier. Ils réduisent ainsi le nombre de jours de travail effectif sans impacter le salaire. Les jours fériés travaillés, s’ils donnent lieu à une compensation particulière (majoration ou repos), doivent être gérés selon les dispositions conventionnelles ou l’accord d’entreprise.

Les congés exceptionnels (mariage, décès, naissance, événements familiaux, etc.) sont, eux aussi, traités comme des jours rémunérés lorsqu’ils sont payés par l’employeur. Ils s’ajoutent aux congés payés légaux dans le total des jours rémunérés annuels, sans modifier le nombre de jours de travail prévus au forfait. Pour le salarié en forfait jours, ces absences autorisées ne viennent pas diminuer sa rémunération annuelle, mais elles peuvent être prises en compte dans le suivi de la charge de travail et dans l’entretien annuel obligatoire.

En cas de contentieux ou de contrôle URSSAF, la cohérence entre la liste des jours fériés chômés, les congés exceptionnels et les jours réellement travaillés doit pouvoir être démontrée. Un système de suivi simple (tableau mensuel, logiciel SIRH) indiquant, pour chaque jour, s’il est travaillé, en congé payé, férié ou en congé exceptionnel, facilitera grandement le calcul du salaire journalier forfait jours et sécurisera l’entreprise.

Méthode de calcul des jours effectifs selon le calendrier annuel

Le calcul des jours effectifs en forfait jours repose sur une approche calendaire. Chaque année, il convient de recalculer le nombre de jours ouvrés théoriques en fonction de la configuration précise du calendrier : position des jours fériés, années bissextiles, spécificités régionales éventuelles. À partir de ce socle, on détermine les jours travaillés au forfait et, par différence, les jours de repos liés au forfait.

Une méthode simple consiste à procéder en quatre étapes : compter les 365 (ou 366) jours de l’année, retrancher les samedis et dimanches, retrancher les 25 jours ouvrés de congés payés, retrancher enfin les jours fériés chômés tombant en semaine. Vous obtenez ainsi le nombre de jours ouvrés théoriquement travaillables. Il suffit alors de fixer le nombre de jours de travail au forfait (exemple : 218) pour en déduire le nombre de jours de repos spécifiques au forfait jours.

Cette méthode permet également de répondre à une question fréquente : comment gérer les arrivées ou départs en cours d’année ? On peut alors calculer, au prorata temporis, le nombre de jours de travail à effectuer et le nombre de jours de repos à accorder pour la période considérée. Le taux journalier précédemment calculé sert ensuite à ajuster la rémunération, en ajoutant ou en déduisant les jours effectivement travaillés par rapport au forfait théorique sur la période de présence.

Cotisations sociales et calcul des charges patronales en forfait jour

Assiette de calcul URSSAF sur la rémunération forfaitaire

Du point de vue des cotisations sociales, le forfait jours n’est pas un régime dérogatoire : l’assiette URSSAF repose sur la rémunération brute versée, quelle que soit l’unité de temps utilisée (heures ou jours). Concrètement, l’ensemble des éléments bruts soumis à cotisations (salaire de base, primes, avantages en nature, rémunération des jours de repos rachetés, etc.) constitue la base de calcul mensuelle ou annuelle des charges sociales.

La spécificité du forfait jours se manifeste surtout dans la reconstitution éventuelle d’un salaire de référence, par exemple pour certains dispositifs de surcotisation vieillesse sur un salaire reconstitué à temps plein pour des forfaits jours réduits. Dans ce cas, il convient de distinguer la rémunération réellement versée (assiette de droit commun) et la rémunération reconstituée servant à calculer certaines cotisations optionnelles. Cette distinction doit être clairement documentée dans les notes de paie et, idéalement, dans une note interne de procédure.

En cas de contrôle URSSAF, les inspecteurs vérifieront essentiellement la cohérence entre les rémunérations déclarées en DSN, les conventions de forfait et les bulletins de paie. L’enjeu, pour vous, est donc moins de modifier les méthodes de calcul des charges que de sécuriser le calcul de la rémunération forfaitaire et des jours travaillés, afin de démontrer que les bases soumises à cotisations reflètent fidèlement la réalité des rémunérations dues.

Application des taux de cotisations retraite complémentaire AGIRC-ARRCO

Les salariés en forfait jours relèvent, comme les autres cadres et assimilés, des régimes de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO. Là encore, l’assiette de cotisation se fonde sur la rémunération brute soumise à charges sociales, sans traitement particulier lié au forfait en jours. Les tranches de rémunération (tranche 1 et tranche 2) sont déterminées en fonction du plafond de la sécurité sociale, indépendamment du nombre de jours travaillés.

La vigilance porte plutôt sur les situations de forfait jours réduit, par exemple un cadre à 150 jours par an avec une rémunération inférieure à ce qu’elle serait à temps plein. Dans ces cas, le salarié peut, sous certaines conditions et avec l’accord de l’employeur, demander une surcotisation pour valider un nombre de points de retraite complémentaire correspondant à un temps plein. Cette option a un coût partagé entre l’employeur et le salarié, et doit être formalisée par un accord écrit.

Pour le calcul des charges patronales en forfait jours, il est donc recommandé de s’appuyer sur les paramétrages standards des logiciels de paie pour les taux AGIRC-ARRCO, tout en gardant une trace formalisée des éventuelles options de surcotisation. Cela évitera les mauvaises surprises lors des contrôles des institutions de retraite complémentaire, qui peuvent remonter jusqu’à plusieurs années en arrière.

Calcul de la contribution formation professionnelle sur base forfaitaire

La contribution à la formation professionnelle et la taxe d’apprentissage sont, elles aussi, calculées sur la masse salariale brute, sans distinction de régime horaire ou journalier. Autrement dit, les cadres en forfait jours sont intégrés dans les assiettes de calcul au même titre que les salariés soumis à la durée légale en heures. Le salaire annuel en forfait jours vient donc alimenter directement ces contributions via la DSN.

Pour autant, la spécificité du forfait jours peut avoir un impact indirect sur la politique de formation de l’entreprise. Les cadres en forfait jours, souvent autonomes et fortement sollicités, ont des besoins particuliers en formation (management, prévention des risques psychosociaux, gestion de la charge de travail). Intégrer ces besoins dans le plan de développement des compétences participe à la sécurisation globale du dispositif de forfait jours, en démontrant que l’employeur prend en compte la santé et la progression professionnelle de ces salariés.

En résumé, du point de vue purement chiffré, le calcul des contributions formation ne change pas avec le forfait jours. Mais, sur le plan stratégique, la présence d’une population significative de cadres au forfait doit vous inciter à orienter une partie de vos budgets formation vers l’accompagnement de ce mode d’organisation du travail, pour limiter les risques de contentieux ultérieurs.

Gestion de la taxe d’apprentissage et participation formation continue

La taxe d’apprentissage et la participation à la formation professionnelle continue sont assises, comme les autres contributions, sur la masse salariale brute. Le fait qu’un salarié soit en forfait jours n’a donc pas d’effet direct sur le calcul des montants dus. Toutefois, la répartition interne des coûts et des budgets peut tenir compte de la proportion de cadres en forfait jours dans certains services, notamment pour justifier des choix d’investissement en alternance ou en formation continue.

La logique est ici comparable à celle de la répartition des charges fixes dans un centre de coûts : même si la base de calcul est commune, l’affectation des budgets peut être modulée pour prendre en compte la réalité des besoins. Un service composé majoritairement de cadres en forfait jours pourra, par exemple, bénéficier de programmes spécifiques de prévention des risques liés à la surcharge de travail, financés en partie par les contributions formation.

En pratique, il est utile de croiser les données de paie (salaires forfait jours, cotisations) avec les indicateurs RH (taux d’absentéisme, turnover, entretiens annuels) pour construire une stratégie cohérente. Vous transformez ainsi une contrainte réglementaire – le paiement de contributions sur une masse salariale incluant des salaires au forfait jours – en levier de pilotage social et économique.

Outils de paie et logiciels RH pour automatiser le calcul forfaitaire

Face à la complexité du calcul du salaire en forfait jours, le recours à des outils de paie et à des logiciels RH performants devient vite indispensable. Un SIRH adapté au forfait jours permet de suivre, jour par jour, les jours travaillés, les congés payés, les jours fériés et les jours de repos liés au forfait, tout en automatisant la génération du bulletin de paie. L’objectif est de limiter les saisies manuelles et les erreurs de calcul, particulièrement risquées en cas de contrôle URSSAF.

Les solutions modernes intègrent souvent des modules dédiés au suivi du forfait jours : calendrier personnalisé, compteur de jours restants, alertes en cas de dépassement de la limite annuelle, gestion des avenants pour rachat de jours de repos, etc. Vous pouvez ainsi paramétrer les règles propres à votre convention collective (Syntec, métallurgie, banque, etc.) et garantir une application uniforme des méthodes de calcul au sein de l’entreprise. Cette homogénéité est un atout majeur pour justifier vos pratiques en cas de litige.

Au-delà du strict calcul salarial, ces outils facilitent aussi le suivi de la charge de travail, désormais au cœur de la jurisprudence sur le forfait jours. Des rapports peuvent être générés pour objectiver le nombre de jours réellement travaillés, la répartition des absences et l’utilisation des jours de repos. Vous disposez alors de données fiables pour préparer les entretiens annuels obligatoires sur la charge de travail et pour ajuster, si nécessaire, les forfaits individuels ou les ressources allouées à certains services.

Contrôles URSSAF et documentation obligatoire du forfait jour

Les contrôles URSSAF accordent une attention croissante aux salariés en forfait jours, en raison des risques de dérive (sous-déclaration des heures supplémentaires, surcharge de travail, conventions inopposables). Pour vous préparer, deux mots d’ordre : tracer et documenter. Il est indispensable de conserver les conventions individuelles de forfait signées, les accords collectifs de mise en place, ainsi que les éléments de suivi des jours travaillés et des repos.

Lors d’un contrôle, l’URSSAF pourra demander à vérifier la cohérence entre les rémunérations déclarées, le plafond annuel de jours travaillés et les pratiques effectives de l’entreprise. Si la convention de forfait jours est jugée inopposable (par exemple en l’absence de suivi de la charge de travail ou d’entretien annuel), le risque est double : redressement sur les heures supplémentaires non comptabilisées et contestations prud’homales de la part des salariés concernés. D’où l’importance de sécuriser, en amont, le calcul du salaire en forfait jours et son encadrement juridique.

Concrètement, la documentation minimale à conserver comprend : l’accord collectif autorisant le recours au forfait jours, les conventions individuelles, les preuves du suivi des jours (tableaux ou exports logiciels), les comptes rendus d’entretiens annuels sur la charge de travail et les justificatifs d’éventuels rachats de jours de repos. En ayant cette « boîte à outils documentaire » prête, vous réduisez considérablement l’impact d’un contrôle URSSAF et vous démontrez que le forfait jours, dans votre entreprise, n’est pas seulement une ligne de contrat, mais un dispositif maîtrisé et piloté.

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